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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 01:40
Lundi 7 décembre , soirée d' inauguration de la saison à la Scala de Milan , par tradition à la Saint Ambroise. Ce soir ," Carmen ", Daniel Barenboim au pupitre . Si cette femme , sauvage et versatile , séduit depuis des lustres lecteurs et spectateurs ,elle le doit bien à la fine étude de caractères de Prosper Mérimée et à l'expressive musique de Georges Bizet , mort malheureusement trop jeune pour d'autres chefs d'oeuvre (n.b.) . La plupart des metteurs en scène ont voulu en faire une femme "libérée " ( comme si l'antienne féministe lui était nécessaire !) , aveugles à la couleur racinienne qu'une observation plus serrée de l'autre victime , Don José , donnerait à leur travail . Une fois de plus ! ....

Emma Dante ," metteuse" en scène branchée ,poursuivait un autre but , bien plus neuf , courageux ,"tendance" en un mot : tourner l'Eglise en ridicule . Ainsi Michaela chante t elle sa complainte au pied d'un crucifix immense et sanguinolent, autour duquel sont accroupies des formes voilées dont on ne tarde pas à comprendre qu'il ne s'agit pas de pieuses espagnoles , mais de victimes du tchador ou de la burqa, qui explosent en gambades lorsque la croix éclate en morceaux . Puis surgit , au moment de la fête , l' alguazil , mais en soutane et chapeau ecclesiastique . Il fait mine de pourfendre de jeunes couples à l'évidence homosexuels , dotés , comme les balais de "L'apprenti sorcier " , du pouvoir de multiplication , cependant qu'un encensoir , qui ne quittera plus la scène , se balance aux cimaises .

Mais le meilleur , c'est à dire le pire , reste à venir , après qu'une farandole de danseurs en foulard rouge ait sillonné le plateau : la scène , parfaitement inspirée du cinéma pornographique , du viol de Carmen par Don José , assisté dans ce crime par l'alguazil -jésuite entouré d'enfants de choeur impassibles . Ces inepties surviennent après la mort en direct de la mère de José ( il semblerait qu'on ait voulu en faire une bourgeoise abusive ) sur un lit de satin subitement déroulé sur le sol , de sorte qu'on ne sait plus si le malheureux poignarde la cigarière par remords , ou sous la pulsion " de Vénus toute entière à sa proie attachée ". Comment de splendides chanteurs comme Erwin Schrott et surtout Jonas Kaufmann , ou la prometteuse Anita Rachvelischvili , qui laissent loin derrière eux Roberto Alagna et Béatrice Uria Monzon ( mais la plus magnifique des Carmen reste Julia Miguenes ) peuvent ils se compromettre dans des provocations si grossières ?

Assurément parcequ'ils savent que le public ne leur tiendra pas rigueur d'être aux mains de metteurs en scène dictatoriaux et sectaires . Ce fut hier le cas , avec des ovations répétées et enthousiastes . Mais "l'auteure" du délit a reçu en contrepartie , en pâlissant de rage , les huées qu'elle n'attendait pas , qui n'englobaient ni l'orchestre dont la sonorité et la rigueur sont connues , ni le chef dont le mécontentement de se trouver dans un pareil guêpier convulsait le visage. Constat accablant : à la tribune officielle (en Italie! ) on se livrait à de petits battements de mains précieux.....
 

N.B. en 1875 , il vient d'avoir 36ans, et trois mois après la création de" Carmen." " L'arlesienne" , sur le conte d'Alphonse Daudet, est une musique de scène antèrieure.

F.B.R. 11/12/2009
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